1/ Contexte : se connaître pour mieux s’orienter
Entre 2011 et 2026, 2322 personnes ont bénéficié du protocole d’évaluation Diversity. Diversity, développé en 2011 par les Editions de l'Homo-Viator est un protocole d’objectivation des facultés naturelles visant à identifier et à corréler quelles activités humaines sont possibles, envisageables. Ce protocole en 4 étapes s’amorce avec la question suivante : Quel est le résultat escompté souhaité pour les 12 à 18 mois à venir ? Il est à l'origine du Serious-Game Parcours Sherlock™
Nous avons extrait 466 réponses afin d’étudier les raisons pour lesquelles les personnes souhaitaient objectiver leurs facultés naturelles.
Ce corpus constitue un matériau anthropologique utile : les personnes y formulent librement, sans contrainte formelle, ce qu'elles attendent d'un outil d'exploration et d’objectivation de soi - non d’un soi psychologisé, mais d’un soi opérant.
Ce faisant, elles révèlent, souvent sans le savoir, une structure de manque commune, transversale aux âges, aux statuts et aux secteurs d'activité. Ce manque est l’absence de mots pour rendre visibles, actuels, réels ce qu’elles veulent et ce qu’elles peuvent.
La lecture qui suit n'est pas statistique (1). Elle est sémiotique et anthropologique : elle cherche ce que les mots utilisés disent de la condition de ces personnes, leurs tensions, leurs représentations du travail, leurs facultés, les potentiels et les possibles.
2/ 6 grandes familles de résultats escomptés
L’étude des 466 réponses à la question posée montre une possible organisation en six familles.
Le premier tableau ci-dessous, organise les réponses par thèmes et grandeur. Le second précise les intentions dominantes et les types de demande. L’ordre des intentions est concordant avec les familles d’attentes. Le troisième tableau propose une lecture par registre.
Si la connaissance de soi, du point de vue de l’opératoire, est dominante, elle montre surtout la recherche et le besoin des personnes de “pouvoir nommer”. Mettre en mots ce qui “est” et qui pourtant, n’est ni disponible ni manifeste à l’esprit, ce qui n’est pas nommé n’existe pas.
De là, une chaîne de difficulté : sentiment de légitimité atrophié, frustration en situation d’explication, doute relatif à son potentiel, auto-appréciation erronée, confusion sémantique entre des mots et leurs concepts : compétences, savoirs, talents, facultés.
Nommer revient à signifier l’existant, mais un existant à l'œuvre en situation professionnelle, ou en situation lorsque la situation l’actualise. Par opposition, non disponible, non accessible en dehors de ces situations. L’esprit ne peut signifier ce qui n’est pas articulé (mis en mots de manière sonore). La main “sait” comment faire et opérer, mais l’esprit n’a jamais pris le temps, ni été entraîné à s’observer en acte : la manière avec laquelle j’opère se nomme [mot].



La lecture par registre montre que sept attentes sur dix concernent la compréhension de soi, la contribution au monde et la justesse existentielle, non la seule recherche d’emploi pour un emploi.
La structure implicite du corpus est : facultés → contribution → sens → activité → emploi.
2.1. Nommer ce que l’on “sait faire” : se révéler (F1)
Le motif “nommer ce que l’on sait faire” est dominant (33,9%). La personne ne sait pas qui elle est en termes opératoires : elle ne dispose pas du vocabulaire juste pour (se) décrire. Elle ignore ses modes opératoires, ses facultés naturelles, ses zones de facilités ou de difficultés. Elle cherche un “en face”, pas un test de personnalité. Elles viennent chercher le “comment elles font” et non “qui elles sont”.
Verbatims représentatifs
« Définir les mots qui me correspondent le plus pour me décrire. »
« Connaître mes modes opératoires et mes talents naturels afin de pouvoir les exploiter. »
« Cerner les domaines et les métiers dans lesquels je serais naturellement compétente et épanouie. »
« J'ai l'impression d'avoir laissé en jachère des talents d'enfance faute de les avoir développés. »
« Je découvre régulièrement des sujets qui me passionnent. Je suis peut-être passé à côté de quelque chose. »
« Mieux me connaître, prendre conscience de mes modes opératoires, et comprendre pourquoi mon métier ne me suffit plus. »
Le manque de vocabulaire “sur soi” produit une difficulté, voire une impossibilité de poser un cap, puis de le suivre. Ce n'est pas un problème de motivation, c'est un problème de nomination, par relation d’objectivation. Qui ne se nomme pas ne peut pas se conduire : nommer juste, c'est agir juste.
Ici, “révéler” est à comprendre comme : rendre visible, étendre ce qui opère et qui fait que “se révéler”, rend manifeste le résultat possible et le potentiel des facultés, des connaissances, des qualités de la personne.
Ety. révéler, lat. revelare → dévoiler, découvrir, mettre à nu.
2.2. Sentiment d’utilité, contribution sociale (F2)
La personne exprime le sentiment d’utilité : apporter quelque chose de supérieur à l’existant, dégager un avantage pour l’autre (qu’il soit humain ou non). La personne est en activité mais n’y trouve « aucun sens ». Elle éprouve un décalage entre ce qu’elle fait et ce qu’elle est — l’être opérant (qui fait et qui produit quelque chose qui dure au-delà de lui).
Verbatims représentatifs
« J’aime aider les autres, transmettre, pacifier. C’est viscéral. »
« Reconnecter les personnes au monde réel et non pas virtuel. »
« Créer un CFA pour poursuivre mon accompagnement vers les étudiants avec ma vision des apprentissages par l’apport ludique et la considération de l’individu. »
« Comprendre qui je suis, ce pour quoi je suis facilement doué, et m'épanouir dans cela.»
Cette catégorie représente la proportion la plus concentrée du corpus : peu de verbatims, mais d’une densité sémantique intense. La contribution, ici, ne désigne pas un horizon vague, elle est formulée comme une obligation intérieure (comprendre, comme une volonté déterminée).
Quatre modes de présence
Si l’étude formelle du corpus montre une densité de 7,9% de réponses relatives au sentiment d’utilité et de contribution sociale, l’analyse lexicale systématique du corpus, permet d’identifier quatre modes de présence du champ sémantique F2 : explicite, concordante, implicite, instrumentale.

Base : 466 verbatims. Signaux lexicaux : aide directe · accompagnement · transmission · utilité sociale · solidarité.
59,4 % du corpus porte une trace active du champ contributif. Sous l’une ou l’autre de ses formes, l’intention |
Ety. épanouir,
Anc. fran. espanouir / Lat. expandere
→ se dit en parlant des fleurs : qui s’ouvrent, 0qui s’étalent, qui s'étendent ; il est acceptable d’y attribuer un processus vertueux. S’épanouir - au figuré - exprime l’idée de laisser ses facultés naturelles s’étaler en actions vertueuses.

2.3 / Sens et cohérence de vie (F3)
Deuxième famille par volume : 27,3 % des verbatims. Cette catégorie renvoie à une conception du travail comme lieu d’accord entre la personne et son action dans le monde.
On observe ici l’expression profonde d’une adéquation entre ce que “je” fais et ce que je “suis”. La personne en activité - parfois depuis longtemps, > 10 ans - n'y trouve “aucun sens” (ni direction, ni perception favorable). Elle éprouve, perçoit et vit un décalage entre ce qu'elle “fait” et ce qu'elle “est”, ici son être opérant (qui fait et qui produit quelque chose qui dure au-delà de lui).
Le mot épanouissement y est fréquent (98 verbatims sur 466). Généralement mal signifié, il signale pourtant un état précis : un état actualisé - heureux et vertueux - entre les actes quotidiens et le sentiment intérieur d’épanouissement.
La cohérence de vie - nous devrions dire “concordance de vie” - serait ici l’absence d’écart entre ce qui est fait et ce qui opère naturellement chez la personne. Par conséquent, ce naturel qui confère à la personne un sentiment de “cohérence de vie” - cela tient bien ensemble - est ce que la personne cherche à nommer, à objectiver de sorte que cet écart se réduise (jusqu’à disparaître).
Verbatims représentatifs
« Je voudrais réussir à être, en cassant le « bocal » de normes dans lequel je me sens coincée. »
« J’aimerais arrêter de me faire chier au travail, c’est long 8 heures par jour. J’ai l’impression d’être bridé dans mes possibilités et de ne pas utiliser mes aptitudes. »
« Mon projet prioritaire professionnel est de retrouver du plaisir et le sourire dans mon travail. »
« Faire un travail qui a du sens pour moi. »
« Être à ma vraie place. »
« Être en phase entre ce que je fais et qui je suis désormais. »
« Je cherche à identifier ce qui me permettra d'être le plus épanoui possible dans mon travail. »
« Je suis à un moment de ma vie où je me questionne sur le sens que j'entends donner à la suite de ma carrière. »
« Mon projet prioritaire est de découvrir mon Sens. »
Note sur le mot épanouir
Ety. épanouir, Anc. fran. espanouir, lat. expandere → se dit en parlant des fleurs : qui s’ouvrent, qui s’étalent, qui s'étendent ; il est acceptable d’y attribuer un processus vertueux. S’épanouir - au figuré - exprime l’idée de laisser ses facultés naturelles s’étaler en actions vertueuses.
Le mot est souligné en raison de sa récurrence ; si le terme est généralement mal signifié, il exprime un besoin d'adéquation entre les actes quotidiens et une valeur intérieure. Le sentiment d’utilité désigne une tension interne, qui dure dans le temps, pour laquelle l’intention d’apporter quelque chose est supérieure au besoin de réussite personnelle.
Cette catégorie représente la proportion la plus concentrée du corpus : peu de verbatims, mais d’une grande densité sémantique. La contribution n’est pas un horizon vague — elle est formulée comme une obligation intérieure - comprendre, comme une volonté déterminée.
Ce que les personnes nomment « utilité » est souvent la traduction approximative d’une valeur au sens sémiotique : ce qui est fort, efficace, propre à agir, qui apporte. La demande est philosophique autant que pratique.
Occurences
Ce que les personnes nomment sens est souvent la traduction approximative d'une absence de valeur (ce que l’on estime, autant que ce pour quoi l’on est estimé) au sens lexicologique. Si l’expression est d’apparence psycho-philosophique, l’intention est profondément dynamique.
Le radical « épanoui » représente 113 occurrences au total* dans 98 verbatims sur 466 (soit 20,7 % du corpus) : épanouir (65) ; épanouie (18) ; épanouissement (10) ; épanouisse (5) ; épanoui (5) ; épanouissant ( 2) ; Formes rares - épanouirais, épanouira, etc. - (8).

Observation sémiologique
La Famille 3 concentre à elle seule 49,6 % des occurrences du radical. Cela souligne autant que cela valide la valeur de cette famille comme espace d'expression de l'épanouissement. Toutefois, la présence notable en F1 (28 occurrences, 27 verbatims) peut confirmer le phénomène d'aphonie professionnelle ; ce pourquoi l’absence de mots rend silencieuse la faculté de nommer ce qui compte pour “soi”, autant que ce qui permet de lier le naturel de la personne à l’activité potentielle.
Beaucoup de sujets placés en Famille 1 nomment le mot “épanouissement” comme finalité. Ils sollicitent une objectivation de leur faculté motivés par le besoin de nommer leurs facultés, leurs qualités ; l'épanouissement est alors la conséquence naturelle de la mise en acte, utile, de leurs facultés, non l'instrument d’un besoin psychologique.
Cette nuance est essentielle.
2.4. Orientation et reconversion (F4)
La famille 4 (18%) précise ici le changement de secteur, une reconversion post-rupture, une fin de carrière, la sortie d’un emploi subi, une décision de rupture radicale (disruption métier). La personne a quitté — ou veut quitter — une activité sans avoir identifié une direction alternative pour laquelle elle pourra se considérer favorable à ses propres yeux.
Cet aspect peut être conceptualisé par aphonie professionnelle
L’aphonie professionnelle désigne l’incapacité de nommer ce que l’on est capable de faire. Ce n’est pas l’absence de facultés ou de qualités, c’est l’ignorance des mots disponibles pour la désigner. Cette ignorance est ce qui confère au mot “aphonie” - grec. aphonos, silence - le sens de silence qu’il convient de comprendre pour cette famille.
L’ignorance, dans ce cas, provoque la perte ou l’absence de voix - qu’il convient de prendre ici au figuré. L’ignorance des mots fait perdre la faculté de mettre en mots - sonores et articulés - ce qui opère dans le réel. Dès lors que ce n’est pas nommé, cela n’existe pas, entraînant ce sentiment de doute, voire de légitimité.
La faculté est là, disponible ; elle opère, elle produit des effets. Mais elle est muette : l’esprit n’a pas été entraîné à s’observer et à nommer l’acte lorsqu’il opère. La main sait comment faire et ce qu’il convient de faire, mais l’esprit n’a pas appris à le nommer, à le formuler, à l’exprimer.
Le tableau ci-dessous organise et hiérarchise les possibles dimensions de l’aphonie professionnelle chez la personne.

Verbatims représentatifs
« Créer une dynamique différente en moi. L’utilité du présent processus serait de pouvoir me projeter de meilleure manière. »
« Cet accompagnement peut m’aider en découvrant mes capacités et peut-être augmenter la confiance en moi-même. »
« Mettre en mot ce que j’apporte via les massages et le yoga — tout ce que j’ai pu intégrer — et trouver un nom qui vibre et correspond à ce que je propose. »
« Je voudrais réussir à choisir une voie professionnelle qui m’épanouisse, en ayant confiance dans le fait que ce choix me correspond vraiment. Pour cela j’ai besoin de connaître mes aptitudes et de croire en elles. »

Ety. Légitime
lat. Legitimus
Ce qui est acquis de droit Divin, du droit des Hommes.
Les attributs légitimants illustrent le pouvoir acquis de droit divin, ou du droit des Hommes de celui, celle qui les possède.
2.5 / Confiance et légitimité (F5)
La Famille confiance et légitimité (4,7%) désigne les personnes qui voient et perçoivent leur projet, qui en formulent les contours avec une relative précision, mais qui n'agissent pas. La peur de l'échec - autrement dit, l’idée d’une défaite de son action de sa décision - le doute sur ses propres capacités et facultés, le besoin de validation ou de reconnaissance externe constituent le registre dominant. Ce n'est pas une faiblesse de la volonté, c'est une déficience de la confiance - au sens étymologique. Lat. co-, fides : se fier avec, remettre quelque chose sous la garde d'un autre, avoir foi en. Volontaire oui, mais pour quoi ?
Ce qui n’est pas nommé n’existe pas socialement. De là : sentiment de légitimité atrophié, frustration en situation d’explication, doute sur son propre potentiel, auto-appréciation erronée, confusion entre les mots et leurs concepts : compétences, savoirs, talents, facultés.
Cette famille apparaît souvent de manière implicite : le verbatim déclare un projet, mais le vocabulaire révèle un déficit de légitimité et de confiance de “foi en soi”. La personne sait parfois ce qu’elle veut faire. Ce qui lui manque : la permission intérieure de se considérer capable de le faire. Cette permission est la conséquence d’un déficit de vocabulaire objectif de sa pratique. Sans cette mise en balance - évaluation personnelle -, l’esprit ne peut que basculer du côté le plus doté en idées populaires - ici le modèle classique de “confiance en soi”.
Verbatims représentatifs
« Créer une dynamique différente en moi. L’utilité du présent processus serait de pouvoir me projeter de meilleure manière. »
« Je me suis engagée récemment dans une démarche de validation des acquis de l'expérience dans le domaine de la communication. Cette VAE devrait me permettre d'évoluer au sein de mon entreprise. J'espère une revalorisation salariale qui serait la bienvenue et je pense tout à fait méritée. »
« Cet accompagnement peut m’aider en découvrant mes capacités et peut-être augmenter la confiance en moi-même. »
« Je cherche à la fois une nouvelle voie professionnelle à court terme et en même temps à me rassurer sur mes capacités à pouvoir continuer d’exercer mes fonctions actuelles. »
« Lever mes craintes en passant à l'action pour mettre en valeur mes compétences. »
« J'ai très peur d'échouer, d'où une pression sur mes épaules que je me mets extrêmement élevée. »
« Oser faire le pas, la peur de l'échec, trouver le chemin qui me correspond. »
« J'aimerais me donner de l'assurance dans ma reconversion. »
Le mot confiance désigne pour cette famille, la foi donnée à ce qui “est” disponible, mais non articulé. Le mot légitime (lat. legitimus) désigne ici le droit acquis et donné par les autres, l’institution de faire. Le grade, le diplôme, la certification en sont les symboles signifiants.
Cette famille montre que l’enjeu n’est pas seulement psychologique. Il est aussi anthropologique : la personne cherche la permission et le droit d’agir de sorte que sa perception intérieure concorde avec les facultés, l’expérience, les qualités dont elle est dotée. Ce n’est pas de l’estime de soi au sens clinique, c’est une question de lisibilité objective de ce que je suis quand j’opère.
Pour le dire autrement : ce que donne à constater quand ce que j’ai fait est terminé, a valeur pour légitimer (3) qui je suis et donner foi à ce que je suis.
Ce qui n’est pas nommé ne peut pas être assumé.
Le point saillant : l’orientation n’est presque jamais formulée comme simple choix technique. Elle est reliée à une recherche de convenance, de validation, de reconnaissance de sa valeur entre la personne, ses aptitudes et un milieu d’activité.
Le mot valeur, ici donne à cette famille un éclairage utile : ce pour quoi nous sommes estimé ; les forces personnelles estimées et considérées par autrui. Cette famille souligne aussi une déficience non consciente, entre d’un côté, la réalité opératoire et pratique de ce qu’une personne peut actualiser, de l’autre, la construction mentale liée à l’architecture sémantique de son esprit.
- Ce que s'orienter signifie. Le mot orienter (lat. oriens) est un verbe de spatialité. Il positionne autant qu’il participe au mouvement dirigé vers. S’orienter : mettre en relation une direction avec un ici.
- Ce que sens signifie. Le mot sens (lat. sensus) désigne le fait de sentir autant que la direction. Il est autant un mot de physiologie que de spatialité. Quelle que soit l’acception donnée, le mot sens oriente l’action, l’intention et l’agir sur le terrain du réel grâce à la qualité de penser (peser, apprécier, évaluer). Qui ne perçoit pas le sens de ce qu’il fait, pourrait désigner toute personne incapable de se percevoir dans l’espace professionnel autant que de se sentir physiquement dans cet espace, dès lors, incapable de (se) penser là où aller.
2.6 / Création et entrepreneuriat (F6)
La sixième et dernière Famille identifiée, Création et entrepreneuriat, rend visible des personnes qui ne manquent pas seulement d’idées, elles éprouvent un sentiment d’absence de pouvoir actualiser leur résultat escompté. L’idée du projet existe, souvent depuis longtemps. Ce qui leur manque : la mise en forme, la structuration, la faculté et le savoir pour en évaluer la viabilité et la qualité dans “la vraie vie”. L’idée de créer une entreprise, une activité indépendante ou un service à partir de facultés, de son expérience, de ses connaissances, de créations ou d’inventions catalyse l’agir des personnes : Idée de créer quelque chose → catalyser l’agir.
Catalyser signifie ici : déclenche l’effet par la dissolution du doute et de l’attente.
Cette famille éclaire un aspect non systématique, mais tendanciel. Outre son aspect concret, elle s’avère la plus tardive dans la séquence des attentes, car elle semble opérable lorsque les familles précédentes ont été - de manière partielle - traversées, clarifiées, actualisées. Oser entreprendre, structurer une offre, formaliser un projet : l'agir ne précède pas la mise en mot de soi et de sa capacité, il lui succède dès lors que la pensée accède à la possibilité d'organiser ses "possibles" et le "pensable" du comment le faire.
Verbatims représentatifs
« J’aimerais prendre du recul après 11 ans en indépendante pour gagner en efficience. Faire le tri dans mes compétences et mes talents pour faire des choix. »
« J’aimerais étudier la possibilité de lancer ma propre entreprise dans l’événementiel. Je souhaite prendre le temps de poser les avantages, inconvénients, forces et faiblesses de mon projet. »
« Je suis un créatif. J’ai besoin de créer des situations ou modeler des situations existantes pour leur donner une nouvelle forme. »
« A terme, mon projet professionnel serait d'entreprendre dans la région lyonnaise. Créer un service / concept nouveau car je pense que cette expérience pourra me permettre de toucher à des tâches multiples, d'être confronté à des défis nouveaux quotidiennement et d'apprendre sans cesse.»
« Je voudrais lever mes craintes en passant à l'action pour mettre en valeur mes compétences dans un projet professionnel tourné vers l’entrepreneuriat et l'optimisation de la gestion et des performances commerciales avec les nouvelles technologies digitales. Sur un plan personnel, j'ai besoin de me recentrer sur moi et les projets de mon couple avec une vision sécurisante de mon avenir professionnel.»
L’expression de la personne n’est donc pas introspective (intérieure, intime) ; elle cherche à dévoiler (lat. exsero) : processive et objective : mettre à découvert, sortir de l'esprit, mettre “sous les yeux” ce qui est disponible pour agir.
3. Conclusion
L’étude des résultats escomptés formulée par 466 personnes en mobilité, en reconversion, en recherche d’emploi, nous offre trois enseignements.
3.1. Enseignement 1
La difficulté majeure pour les personnes n'est pas un manque de motivation ou de confiance, mais ce que nous avons nommé l’aphonie professionnelle — l'incapacité de nommer clairement leurs modes opératoires, leurs facultés naturelles, leurs connaissances. Cette absence de vocabulaire juste entraîne une chaîne de difficultés concrètes : doute sur son potentiel, sentiment de légitimité atrophié (F5 : 4,7%), impossibilité de poser un cap clair, confiance en soi diminuée.
Enseignement pratique : guider la personne à passer d’un état de “doute” à un agir avec justesse. Pour cela, faire basculer la personne d'un problème perçu comme psychologique (4) à un problème sémantique. Ce qui n’est pas nommé ne peut exister. Le manque et le difficile n'est pas de l'ordre de la volonté, mais de la nomination.
Action recommandée : une première étape est, étonnamment de ne pas motiver l’autre à agir, mais de l’amener à trouver les mots justes de son « être opérant ».
3.2. Enseignement 2
Le sens et l'épanouissement sont des conséquences, non des intentions ou des “causes initiales”.
Sept attentes sur dix (69,1 %) concernent la justesse existentielle (F3 : 27,3 %) et la contribution au monde (F2). Les personnes en mobilité ne cherchent pas seulement un emploi, mais un “alignement profond”. L'épanouissement n'est pas un état dit intérieur à chercher de manière abstraite quelque chose d’idéal ; il est la conséquence naturelle de la mise en acte utile de ses facultés, de ses qualités, de ses savoirs au service de quelque chose. La structure implicite est formelle : facultés → contribution → sens.
Enseignement pratique : Cessez de chercher le « sens » ou une « mission » de manière déconnectée des facultés et qualités objectives de la personne. L’attention et la concentration doivent se porter sur la première étape de cette séquence : la révélation objective des facultés opératoires (F1). C’est en objectivant ce que les personnes savent et peuvent faire (33,9 %) qu’elles peuvent décider de ce qu’elles peuvent apporter (F2).
Action recommandée : Si elles ressentent un décalage entre ce qu’elles font et ce qu’elles sont - non de manière identitaire ou ontologique - mais de manière opérante, réaliser une session pour objectiver et nommer leurs facultés (F1). Cette objectivation est la garantie pour que la “quête de sens” (F3) de la personne s'ancre dans une réalité professionnelle utile et concrète.
3.3. Enseignement 3
L'acte de créer une activité ou de se reconvertir est consécutif à une “permission intérieure de soi”.
La prise d’action concrète (orientation/reconversion F4 : 18,0 %, entrepreneuriat F6 : 8,2 %) est obstruée, voire bloquée par la peur mise en défaite, autant que par le besoin de validation (F5). L’étude montre de manière catégorique que : l'agir ne précède pas la nomination de soi, il lui succède. Les projets s'arrêtent, non par manque d'idées, mais en raison d'un déficit du sentiment de légitimité (cf. partie 2.5)
Enseignement pratique : Pour transformer une idée de reconversion ou de création d'entreprise en réalité concrète, les personnes peuvent rechercher une forme permission intérieure d'agir. Cette permission ne s'obtient pas par la volonté, mais par la lisibilité objective de leurs facultés dites naturelles, de leur expérience, de leur qualités et de leur valeur opératoire.
Action recommandée : Si vous accompagnez des personnes avec un projet (F4 ou F6) mais que leur hésitation ou la peur les retient, votre priorité est d'obtenir un socle objectif que seul un protocole d'objectivation peut fournir. Ne laissez pas le doute arrêter les personnes en demande d’évolution.
1. Elle est sémiotique et anthropologique, c’est-à-dire, centrée sur la corrélation de sens entre ce qui est dit et ce qui est cherché, autant que le lieu - dans la Société - où ce qui est cherché répond à ce qui fait sens pour la personne.
2. Note méthodologiqueL’analyse et l’étude mobilisent sept registres de signaux linguistiques : demande explicite de nomination (A), aphonie directe (B), confusion sémantique entre mots-candidats (C), instabilité psychologique consécutive (D), instabilité sociale et professionnelle (E), tentative tâtonnante de nomination (F), métaphores de l’invisible (G). Les signaux lexicaux ont été complétés par une lecture sémantique et syntaxique des formulations : déictiques flottants, points de suspension, guillemets, slashs, parenthèses, atténuateurs modaux. L’estimation de 79 verbatims est une borne basse : l’aphonie silencieuse ne laisse aucune trace lexicale. Elle est difficilement, voire non détectable par cette méthode.
3. Ce à quoi répond la VAE (Validation d’acquis professionnelle) : 1/ Loi n° 2022-1598 du 21 décembre 2022 : Porte mesures d'urgence relatives au marché du travail et réforme la VAE en créant un service public dédié, avec simplification des étapes et élargissement de l'accès. 2/ Décret n° 2023-1275 du 27 décembre 2023 : Met en œuvre la loi en modifiant les modalités des actions VAE, impose l'inscription via le portail France VAE pour environ 200 certifications prioritaires (santé, social, distribution, métallurgie, sport), et précise les obligations des Accompagnateurs à la VAE (AAP) certifiés Qualiopi. 3/ Décret n° 2024-332 du 10 avril 2024 : Définit les règles relatives au jury et au congé VAE, permettant aux salariés de participer aux jurys sur temps de travail avec maintien de rémunération.
4. Nous précisions que nous distinguons le problème psychologique, c’est-à-dire le discours de l’être sur lui-même, et le problème psycho-pathologique, qui traite des passions et des maladies mentales.
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